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Rencontre avec Wilfried Abo : "Être heureux d'une chanson, d'un sourire, du soleil au travers des feuilles"

A partir de ce 1° et 2 décembre à Luchon, et pour les deux prochains week-ends de décembre à Saint-Girons puis à Saint-Gaudens, Wilfried Abo dirigera les soixante-dix choristes de la "Sinfonia gascona", un spectacle-concert très attendu qui se prépare depuis le mois de mai avec plus de trente musiciens sous la direction de Eric Fourcadet et l'ensemble sous la houlette de Michel Maffrand plus connu dans les Dom-Tom (entendez au delà des Pyrénées !) sous le nom de Nadau.



Vendredi 30 Novembre 2018
Nadyne Vern-Frouillou


Wilfried à la flûte... (Photo © NVF)
Wilfried à la flûte... (Photo © NVF)
Faisons plus ample connaissance aujourd'hui avec Wilfried Abo qui, petit garçon disait "Quand je serai grand, je ferai pompier-troubadour ou berger".

Si un autre petit Raymond des années 1900, n'a pu conjuguer le double métier de cocher de fiacre et de président de la République (même si tous deux portaient un chapeau-claque!), Wilfried a pratiquement associé ses trois souhaits, sa carrière professionnelle étant toujours jalonnée de découvertes musicales et se poursuivant au "pais de goelhers".

Né au Pays des bergers commingeois, ce sont cependant les chansons en français et surtout en espagnol qui berceront l'enfance de Wilfrid.

C'est à Juzet-de-Luchon qu'il monte sur scène pour la première fois à six ans et gagne le radio-crochet de la fête votive.

Ses endroits de répétition ?

"Dans les fêtes, on me perchait  toujours sur une table ou un comptoir, on poussait les verres et les bouteilles et je chantais, en français et bien sûr, comme Maman, aussi en espagnol."

Une étape très importante passe par le Pays-Basque où, à 10 ans, Wilfried découvre Mariano.

"Ce fut tout de suite une passion" se souvient Wilfried que tous ses admirateurs baptisent Marianino après l'avoir appelé Joselito comme le célèbre petit chanteur andalou à la voix d'or.
 
A 12 ans, Patrick Sorgel, le célèbre trompettiste luchonnais, fait entrer le jeune ténor aux Fils de Luchon dont il assurera la direction vocale. Il y restera vingt cinq ans.

"Pourtant quel choc au début ! J'avais été attiré par ces voix d'hommes en polyphonie et par les chansons qu'ils interprétaient en "patois" comme ils disaient. Mais combien je fus déçu de découvrir que s'il y avait beaucoup de locuteurs naturels, ils n'employaient presque pas la langue sauf pour énoncer quelques dictons ou pour dire en toute discrétion du mal de quelqu'un ! Pour compenser cette déception par rapport à la langue, j'ai partagé des choses géniales avec les Fils de Luchon."

Patrick Sorgel m'a appris à jouer de la trompette et pendant quatre ans (de 1994 à 1998), j'ai fait des spectacles de music-hall. Parallèlement (de 1995 à 1998) Wilfried s'investit dans un orchestre "Variétés musette" avec Joachin Mur, où il se partage entre la trompette, le clavier et le chant. Et bien sûr, passage incontournable, il défile avec la fanfare luchonnaise.

Adolescent, Wilfried est fan de Be BOP, du chant polyphonique, dont le leader était Marcel Canal.
 
"Je suis allé les voir, j'ai auditionné et ils m'ont engagé !"

Ce groupe pro très connu en Comminges (plus de mille concerts) proposaient des variétés françaises et internationales mais aussi des chants traditionnels occitans, corses, basques, russes ; une partie du concert était consacré au gospel. Wilfried baignera dans ce fabuleux cocktail musical pendant un an et demi.

"Ça marchait du tonnerre, des Landes à Nîmes, se souvient-il mais les choses sérieuses l'appellent à l'école d'ingénieurs à Toulouse. A l'INSA, il découvre le jazz et le funk. Fils et frère de pompiers volontaires (Jean-Louis Abo fut chef des pompiers de Luchon, aujourd'hui c'est Valery Abo qui a pris le relais), Wilfried a servi le feu à Toulouse de 1999 à  2001 puis à Saint-Gaudens de 2002 à 2004 avant que jeune caporal de 24 ans, il entre à l'école d'officier à Paris.

Affecté à Autun, où il découvre la cornemuse centre France, le lieutenant Abo devient capitaine à Albi où il suit la classe de chants lyriques auprès de Didier Oueillé au conservatoire départemental du Tarn de 2007 à 2013. Six années qui le conduisent jusqu'au 3° cycle.

Ténor, il interprète notamment le rôle d'Apollon dans l'Orfeo de Monteverdi, Castor dans Castor et Pollux de Rameau, Mercure dans Orphée aux enfers d'Offenbach, différents rôles dans Armide de Gluck et l'Europe Galante de Campra.

Mais les montagnes l'appellent et Wilfried poursuit sa carrière de capitaine à Saint-Gaudens où il est missionné à la sécurité de tout le Comminges, n'allant au feu que sur les gros coups.

Pompier à Toulouse, c'est en 1999 que l'un des deux événements cruciaux de sa vie musicale se produit :

"J'assiste à un concert de Nadau. C'est la révélation. Grâce à ses livrets, j'ai pu apprendre la langue. Suite à ce concert, j'ai cherché des instruments traditionnels dans le pays de Luchon mais je n'ai rien trouvé. On m'a indiqué qu'on jouait de la flute à trois trous 'Horats' et du tambourin à cordes, le 'tountounn'. Cet instrument étant très cher, je me suis contenté d'une flute."

A Saint-Gaudens, la musique suit toujours : de 2015 à 2017, il mène des études de musiques traditionnelles au Conservatoire Henri Duparc de Tarbes auprès de Pascal Caumont  (groupe Vox Begorri) tout en pratiquant divers instruments comme la cornemuse des landes de Gascogne, la flûte à 3 trous, le tambourin à cordes, le fifre, le clarin (hautbois de Bigorre) ou l'aboès (hautbois du Couserans).

Titulaire d'un diplôme d'enseignement musical (DEM), il anime des stages de chants à la journée et des ateliers de chants traditionnels polyphoniques de deux heures en soirées, (et plus si affinité !)  dont un à la Brasserie du Vénasque à Montauban-de-Luchon, un à Arreau et un est en projet en Val d'Aran.

L'objectif de Wilfried : partager un répertoire et relancer le chant choral spontané, les "cantères" / "canteras" en gascon. 

Il a aussi des projets d'ateliers de musique "mais il faut du temps" explique ce passionné dont on peut effectivement se demander si des journées de vingt-quatre heures sont suffisantes pour faire face à toutes ses passions.  

Le deuxième événement crucial (c'est son mot) se situe à Arreau en 2001. Il intègre l'association de rencontres culturelles d'Aure et du Louron (l'ARCA) où il retrouve son professeur albigeois Didier Oueillé. Il renoue avec le chant lyrique  auprès d'Anne Claude Gérard comme soliste dans les Noces de Figaro et La Messe en Ut de Mozart. Il est à l'origine, avec Sylvia Cazeneuve en 2009, des Nouvelles Rencontres Lyriques de Luchon dont il est le président.

Très tôt attaché à Luchon, à la montagne (il s'étonne d'être au lycée un des rares élèves qui aiment marcher) et au pastoralisme, Wilfried se souvient avec bonheur de ses retours d'école où dans la voiture paternelle ,il se retrouvait coincé dans une mer de la centaine de brebis du grand-père de Mathieu Barès, son complice musical d'aujourd'hui qui n'était pas encore né !

Mathieu et Wilfried se rencontrent en 2012. "J'ai eu envie d'aller jouer de la cornemuse à l'Hospice de France (un souvenir génial, seul dans la montagne!) et en redescendant, je tombe sur Mathieu qui animait un repas à l'auberge. Son père m'avait souvent invité à le rencontrer pour lui montrer ma cornemuse et là le hasard le mettait sur mon chemin. Il m'a proposé sa guitare et nous avons joué tout l'après-midi. Que des chansons de Nadau ! pour le plus grand bonheur des invités ! Et depuis nous ne nous sommes plus jamais quittés! Soit Mathieu venait à Baren, soit je descendais à Gouaux... à pied bien sûr, par la montagne ! 30 minutes ! En voiture, par la route, il faut 25 minutes.... Ensemble, nous avons continué de faire plaisir aux gens. Ce qui nous importait à tous les deux (ça tombait bien !) c'était de jouer, de partager et de faire connaître la langue et les instruments."

Wilfried ne maîtrisait pas encore bien la langue, Mathieu est instituteur spécialisé en occitan.

Le rêve !

"J'ai eu enfin mes premières conversations avec Mathieu et j'ai appris beaucoup, grâce  à son grand-père aussi qui nous a hélas quitté tout récemment... Le nom de notre groupe 'Arredalh' (prononcer [Arrédail] signifie 'regain' : c'est bien sûr pour symboliser la renaissance de notre culture et de notre langue mais c'est aussi pour faire renaître le souvenir de La Gaveta, un groupe du pays de Luchon des années 80 avec les frères Apiou. C'est la vie, le travail qui a fait dissoudre ce groupe qui marchait très bien."

Avec Arredalh, Wilfried et Mathieu ont débuté par des concerts puis ils se sont essayé à l'animation de bals et maintenant "Arredalh" a autant de succès dans les deux versions, souvent conjuguées.

Le 9 décembre 2017, une superbe soirée scène ouverte a rassemblé tous les amis d'Arredalh pour fêter la sortie du premier CD "Un pais de goelher" (Un pays de bergers). 

Des compositions originales, paroles et musique écrites par Mathieu ou Wilfried qui trouve le temps  eh ! Oui, d'écrire et de composer.

"Es abelhes" dont il faut écouter attentivement le refrain et le troisième couplet rappelle que Wilfried est apiculteur, berger des abeilles en quelque sorte !

Wilfried aime  "Maria de  crabes" qui évoque le temps qui passe, "j'y parle des choses que l'ont croit éternelles et qui ne le sont pas, de la montagne qui peut mourir faute d'entretien, des bergères un peu 'sorcières' qu'il était interdit de fréquenter et qui pourtant savaient tant de choses, diffusaient tant de sagesse..."

Fan de Christian Signol, Wilfried espère bien aller lui chanter "Maria de crabes" au cours d'un son et lumières en Quercy qui met en scène l'oeuvre de l'auteur de «"Marie des brebis".

"Une chose importante que je veux dire, dans cet article, c'est que ma démarche artistique est profondément humaine, il s'agit de partage, d'échange, de conscience de l'essentiel : la famille, l'environnement, les racines, l'amitié. En quelque sorte jouir de la vie simplement, être heureux d'une chanson, d'un sourire, du soleil au travers des feuilles.. .peut-être la "sobriété heureuse" de Pierre Rabi."

Dans ce riche parcours la plus grande fierté de Wilfried c'est que son épouse Marie et sa fille Héloïse, douze ans, partagent sa passion. Avec Agathe Tiné, elles forment un trio polyphonique "Candela".

"Avec Marie, raconte Wilfried, sans le vouloir, notre rencontre s'est passée, comme autrefois, au bal, son premier bal et le premier aussi pour Arredalh... ça ne s'invente pas !"

Pourtant en descendant d'Artigues, son village, Marie passait toujours devant la porte de Wilfried... Mais l'amour a attendu le regain... eth arredalh !

Avec Mathieu Barès
Avec Mathieu Barès


Apiculteur, berger des abeilles...
Apiculteur, berger des abeilles...


1.Posté par la vigie le 30/11/2018 20:57
un charmant garçon plein de talent et en tout simplicité ! Bravo Wilfried !

2.Posté par OUSTALET Robert le 03/12/2018 12:11
Patrick serait très fier de toi , de vous TOUS
;;;; et vous pouvez être fiers de ce que vous apportez à notre pays
Simplement MERCI

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