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De l'art de fêter Carnaval en Pays de Luchon... d'hier à aujourd'hui !

Vendredi, éteignez la télé et sortez à la rencontre des autres ! Luchon va vivre au rythme de la cinquième édition du Carnaval Gascon.



Mercredi 27 Février 2019
Nadyne Vern-Frouillou


Mathieu Barès et Wilfried  Abo du duo musical Arredalh, chevilles ouvrières du Carnaval (Photo © NVF)
Mathieu Barès et Wilfried Abo du duo musical Arredalh, chevilles ouvrières du Carnaval (Photo © NVF)
Alors que depuis de (trop) nombreuses années la fête d'Halloween avait fait oublier qu'il existait une tradition carnavalesque, l'association "Los Amics del Burat" (nom d'un massif commingeois dont le pic du Burat culmine à  2 154 mètres) a choisi de faire revivre la tradition commingeoise à Luchon avec le soutien logistique de la mairie et la complicité de l'association des commerçants "Luchon Passion".
 
A la veille de la cinquième édition, l'espoir d'une réussite grandissante réjouit les organisateurs.  

Aux manettes dels "Amics del Burat", on retrouve Mathieu Barès et Wilfried Abo du duo musical Arredalh. Le seul nom Arredalh, qui signifie regain est symbolique des objectifs que sont fixés les deux musiciens, Mathieu Barès de Gouaux-de-Luchon et son comparse de Juzet-de-Luchon, "exilé" à Baren, ,Wilfried Abo.

Comme la deuxième pousse dans les prairies, les deux jeunes Commingeois, et leurs amis, très attachés à leurs racines, veulent donner une nouvelle chance  à des festivités qui, disparues depuis un quart de siècle, ne demandent qu'à être ravivée comme "le recaliu" / ces braises chaudes qui attendent sous la cendre. 

En préparant cette cinquième édition du carnaval renaissant luchonnais, chacun se souvient avec bonheur de ces troupes de jeunes garçons qui dans chaque village du Pays de Luchon, partaient déguisés à l'assaut des villages voisins pour des charivaris mémorables.

Wilfried Abo apporte le témoignage de Solange Pradel de saint-Mamet, la Maman de l'horticulteur luchonnais :

"Chaque village avait ses particularités de déguisements et les groupes de jeunes d'un village devaient effrayer ceux du village voisin ! La réputation effrayante des jeunes de Juzet est restée célèbre !"

Si l'idée première était de faire peur et si on dit que l'équipe de Juzet-de-Luchon avait une réputation redoutable, il va de soi que le dessein final était plutôt de pavaner et de se faire remarquer comme étant le plus beau et le plus courageux auprès de la gent féminine effarouchée d'abord puis rapidement "apprivoisée" !!!

Naturellement, cela se terminait en joyeuses veillées entre chants, "canteras" et "pescajons" (les pescajons gascons/commingeois sont des beignets bien gonflés… à la différence des "pescajons" languedociens qui désignent les crêpes. En gascon, les crêpes sont des "pasterras").

C'est dans cet état d'esprit des concours de frayeurs villageoises, raconte Wilfried, que la première année où nous avons voulu relancer le carnaval, nous avons voulu faire un "carivari", un charivari de village en village. Hélas nous n'avions pas prévu que nous avions un concurrent redoutable : le poste de télévision... Grrr ! Ce fut un fiasco total. En entendant notre bruyant cortège, les gens passaient juste la tête à la fenêtre et repartaient regarder la télé".

Dès la  deuxième année, au lieu d'aller de village en village, le "carivari" fut donc remplacé par un "passa-carrèra"  / un passe-rues qui cette année déambulera le long de l'Allée d'Etigny de 17h à 18h  avec les musiciens de quatre groupes s'adonnant à la musique traditionnelle :  le duo Arredalh, bien sûr, Eth chòt  (le hibou), trio de Saint-Gaudens, Miquèl Vidal, (le Quercynois) et "Lo guit" , une fanfare trad qui a choisi son nom pour faire honneur au canard, très consommé dans la région !

Il va de soi que dans l'esprit convivial occitan, d'autres musiciens "isolés" peuvent se joindre à ce passa-carrera...

Donc si le cœur vous en dit... et que vous ayez un instrument en bandoulière ou dans vos bagages... vous êtes les "planvenguts" (bienvenus).
 
"Fêter Carnaval avait un double objectif, explique Wilfried, on faisait la fête entre deux privations, on fêtait la fin de l'hiver et l'avant-carême. Quant au déguisement, il avait pour but de casser les codes et les différences sociales. Le jeu était d'ailleurs d'inverser les rôles, hommes habillés en femmes et vice-versa, domestiques devenus patrons d'un soir et le contraire. (NDLR : la téléréalité n'a rien inventé!).

"Le déguisement au bal, se réjouit Mat Barès permet à de nombreux néophytes d'oser se lancer sur la piste de danse sans aucune "vergonha" (honte)" et après cette expérience réussie, quelques uns de ces nouveaux danseurs y ont pris goût et sont devenus des fidèles des nombreux bals occitans que Arredalh anime dans le Pays de Luchon.

"Le but de Carnaval était de gommer les classes sociales rappellent Wilfried Abo, c'était déjà les gilets jaunes . Ainsi, tout le monde pouvait faire la fête ensemble sans distinction visible de différence. Pour l'instant nous restons dans l'esprit purement festif, nous n'avons pas encore abordé la partie jugement".

Intégrer les doléances à l'encontre de Monsieur… Carnaval eût été pourtant cette année l'occasion de coller à  une actualité brûlante, non ?

"Hélas ! reconnaît Wilfried, nous n'avons pas eu le temps de nous consacrer à ce volet des réjouissances de Carnaval."  

Vendredi soir, éteignez la télé et sortez à la rencontre des autres !

Vendredi soir, après les stages de danses et de chants traditionnels, puis le passa-carrèra, c'est à la salle Henri Pac, au Casino, que tout le monde se retrouvera, dissimulé derrière son masque ou son déguisement pour une soirée endiablée qui commencera par un repas-cantera (réservations au 06 34 95 71 22 ) suivi d'un bal avec des musiciens traditionnels et d'un concert avec un groupe qui se fait fort de donner une image moderne de la musique occitane.

"Boisson Divine" propose du folk metal . (A Lire notre autre article présentant chaque groupe).

 
Mat Barès se réjouit du succès de l'ambition espérée mais redoutée de leur projet: faire  éteindre la télé aux gens, les faire sortir de chez eux, provoquer des rencontres et des échanges, recréer en fait la convivialité naturelle qui existait auparavant et que chacun regrette aujourd'hui sans savoir trop comment y remédier.

Se souvenant que dans le Larboust, les carnavals les plus connus étaient ceux de Portet-de Luchon et d'Oô, Wilfried évoque la tentative de "La Gaveca" (un groupe musical qui eût son heure de gloire) qui avait fait renaître le carnaval à Luchon dans les années 80, parvenant à réunir trois cents gamins à Luchon. Hélas cette heureuse initiative a périclité..."

Il faut donc souhaiter que cette nouvelle renaissance qui monte en puissance depuis cinq ans trouve le moyen de perdurer.

La solution est dans la "convivencia", cette valeur typiquement occitane que diffusèrent les troubadours et qui aujourd'hui renaît, trouve un regain (arredalh) de vitalité grâce à des jeunes comme Mat Barès, Wilfried Abo et leurs "Amics deth Berat".

Soyez nombreux à répondre à leur invitation.
 

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