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A Luchon, le buste de Marcel Spont

Christian de Miégeville, président de l'association "Luchon d'Antan" nous parle de ce monument qui "eut une histoire de trente années avant son inauguration". L'occasion aussi de revenir sur l'histoire du dramatique accident qui coûta la vie à ce célèbre pyrénéiste...



Mardi 16 Octobre 2018
Christian de Miégeville


Le buste de Marcel Spont enfoui dans les branches de sapin. Lors de son passage à Luchon, Thomas Sertillanges, grand spécialiste d'Edmond Rostand dégage le visage de Marcel Spont (Photo C.D.M.)
Le buste de Marcel Spont enfoui dans les branches de sapin. Lors de son passage à Luchon, Thomas Sertillanges, grand spécialiste d'Edmond Rostand dégage le visage de Marcel Spont (Photo C.D.M.)
Lors de la venue à Luchon de Thomas Sertillanges (ici), grand spécialiste d'Edmond Rostand, le président de l’association "Luchon d’Antan" lui a fait découvrir la Fontaine de Caraouet si délicieusement chantée par Edmond Rostand au dessus des Quinconces . Ils en ont profité pour dégager le buste de Marcel Spont enfoui dans les branches de sapin...
 
Ce monument eut une histoire de trente années avant qu’il ne soit inauguré.

A la suite de l’accident mortel qui coûta la vie à Marcel Spont, en 1906, l'académie Julien Sacaze de Luchon ouvre une souscription pour l'édification d'un monument à sa mémoire.

Mais, un incident est survenu entre Monsieur Jean-Marie Mengue et l'un des membres d'honneur de la Société Sacaze, membre du conseil municipal et Monsieur Henry Spont, au sujet du monument destiné à perpétuer le souvenir de Marcel Spont. La municipalité en désaccord avec l'académie ne donna pas les autorisations nécessaires.

Le bloc de marbre sculpté par Jean-Marie Mengue entreposé à Saint-Béat, avait été offert à la Société par Monsieur Lavigne.

il avait été décidé que celui-ci serait placé dans le Bosquet des Quinconces. Henry Spont demanda ensuite que le monument soit réalisé dans son aspect primitif, c'est-à-dire avec le buste de bronze sculpté par Jean-Marie Mengue. Henry Spont fut prié de s'entendre directement à cet égard avec l'artiste.

En 1936, dans des conditions extrêmement difficiles, avec des documents à demi effacés, Jean-Marie Mengue concevait le médaillon, parfait de ressemblance, du grand félibre Bernard Sarrieu.

L'année suivante on érigeait à Luchon un monument au pyrénéiste Marcel Spont, mais sur un bloc de granit et non plus en marbre de St-Béat...

Sous les auspices de la Société Julien Sacaze, - fondée en 1922 est héritière du grand épigraphe Julien Sacaze (1847 -1889) qui fonda l'Association pyrénéenne - se sont déroulées à Luchon, le 5 septembre 1937, une série de commémorations littéraires et pyrénéistes.

On dévoila une plaque à Flaubert, celle de la Fontaine de Caraouet en hommage à Edmond Rostand et enfin à côté de cette source le monument destiné à évoquer la mémoire d'un jeune pyrénéiste luchonnais, vulgarisateur de la montagne, mort victime de son enthousiaste passion : Marcel Spont.

Le monument, ou on peut voir écrit : "péri en montagne à la crête de Spijoles le 6 septembre 1906 à l'âge de 34 ans", ne fut inauguré qu'en septembre 1937. Le buste en bronze du pyrénéiste est posé sur un gros rocher en granit gris que Jean-Marie Mengue travailla aux carrières mêmes de Saint-Béat et où il a sculpté le piolet, la corde, l'appareil photographique et une gourde.

Le drame

Près du Pic de Spijéoles, le 6 Septembre 1906. Une caravane composée de deux touristes habitués à la montagne : Marcel Spont et le comte d'origine suédoise Nils de Barck (1863-1930), peintre, sculpteur et céramiste, pyrénéiste expérimenté, Jean-Marie Sansuc, excellent guide de 1re classe de la Section des Pyrénées Centrales, guide breveté du Club Alpin Français et connaissant à fond la région, Jean Martres, chasseur d'isards du village d'Oô quittait au matin Luchon.

Passant au Lac d'Oo et au Lac d'Espingo, ils s'arrêtent très près du Pic de Spijéoles sur une crête facile, sans danger en apparence. Les hommes sont séparés. Vers une heure et demie de l'après-midi, Marcel qui est arrivé au sommet un peu avant ses camarades, se prépare à prendre un cliché. En connaisseur, il scrute 1 horizon, cherchant l'effet. Mais à ses côtés, voici un bruit. Son appareil péniblement hissé au Spijoles, glisse et va disparaître. Marcel Spont a un réflexe, il se dresse, veut saisir l' objet, et perdant l'équilibre, tombe lui-même dans le vide, il pousse un cri et ses compagnons terrifiés voient son corps s'abîmer dans un précipice.

Personne n'ayant vu l'infortunée victime à l'instant même de la chute ou dans les minutes qui la précédèrent immédiatement, on ne peut que faire des hypothèses sur la cause de ce malheur...

Marcel Spont, si même il en eut conscience, a emporté ce secret avec lui : étourdissement, pierre qui s'éboule sous le touriste, probablement faux mouvement en voulant saisir un objet qui roule, suicide...?

A grand'peine ses compagnons purent parvenir jusqu'au cadavre qui était dans un état lamentable le crâne brisé.

Jean-Marie Sansuc

À deux kilomètres de la ville de Luchon au lieu-dit Bouersés (versants) de Peyssas, la route côtoie un précipice dangereux. Or, dimanche, deux étrangers, qui ont pris à Luchon leurs quartiers d'hiver, Monsieur et Madame S..., de Paris, avait poussé leur excursion jusqu'à l'endroit que nous venons de décrire. La curiosité les avait poussé jusqu'au bord du gouffre. Il se disposait à regagner la chaussée, lorsque le terrain, venant à céder sous les pieds de la pauvre dame, elle tombe à la tête en avant et dévala la pente. Monsieur S... ne perdit pas son sang-froid. Se laissant glisser après elle, il réussi à l'atteindre et à lui saisir le pied au moment où elle allait tomber dans le vide. Malheureusement il fut entraîné à son tour et, sans un arbre dans le branchage le sauva, c’eût été fait de l'un et de l'autre. Cependant les forces de Monsieur S... s'épuisaient. Ces cris de détresse attirèrent enfin les passants. Le sieur Jean-Marie Sansuc, d’Oô, parvint, non sans peine, en se retenant aux branches des arbres, jusqu'à madame S... retenue au bord du précipice par la main défaillante de son mari. On ne sait trop ce qui serait advenu sans l'arrivée de nouveaux sauveteurs. Ces braves gens, joignant leurs efforts à ceux de Sansuc, réussirent à sauver les deux victimes. Hâtons-nous de dire que Madame S, après avoir recouvré l'usage de ses sens, a pu regagner Luchon à pied et quelle en sera quitte pour quelques contusions. (La Petite Gironde avril 1875). Il avait quinze ans.

Inhabile aux nomenclatures d’un panorama, c’est beaucoup moins un guide de métier qu’un montagnard hors pair, ayant le flair de la montagne, apte à démêler le point faible d’une muraille inconnue, le chemin possible, allant sans hésitation au pont de neige qui résistera, évitant la rimaye dangereuse, bref un de ces guides comme on peut en trouver encore parmi les montagnards pyrénéens quand ils ne sont pas déformés par les touristes, un de ces hommes qu’on a bien en main au lieu d’être dans la leur et qui font merveille si peu que l’alpiniste s’y prête. un porteur

Henry Spont n’hésitera pas à écrire au sujet de son guide :

"Comme il est heureux de nous suivre, de porter nos sacs ! Comme il s’efface pour ne parler que dans les moments difficiles, quand on le consulte, il répond en s’excusant : 'Ce sera comme vous voudrez'. Le corps du guide est fait pour la marche, la montagne. Solide paysan, géant aux jambes immenses, la peau tannée, la poigne de fer, un colosse naïf aux mains larges aux yeux clairs. Il est grand, il a le dos un peu vouté par l’habitude de monter, pas de ventre. Sa fonction à lui c’est la marche" (Henry Spont : Sur la montagne Les Pyrénées, Plon 1898).

En 1902, Henry Spont à l’invitation du Prince Alexandre d’Oldenburg (1844-1932), de la famille impériale russe, général, sénateur et membre du Conseil d'Empire, enterré à Biarritz partit deux mois escalader les pentes du Caucase avec le fidèle Sansuc.

Il s’éteignit en 1923 à l’âge de soixante-trois ans à l’hôpital thermal de Luchon.

Toute la presse de l’époque s’est fait l’écho de cet accident mortel.

journal La Lanterne : 10 septembre 1906 :

"Luchon. Nous annoncions hier qu'un alpiniste réputé, M. Marcel Spont, habitant Paris, s'était tué en tentant d'escalader des crêtes dangereuses entourant le lac Espingo. Voici de nouveaux détails sur ce terrible accident de montagne. M. Marcel Spont, en compagnie de M. de Barck, fils du peintre, et des guides Sansuc et Martre, quittait vendredi Luchon, pour explorer la région du port d'Oo. La caravane escalada les pentes abruptes des lacs d'Espingo et de Sassouat, et atteignit, après neuf heures d'une périlleuse escalade, le pic d'Espinjoles, à 3,100 mètres d'altitude.

"Là, MM. de Barck et Marcel Spont photographièrent des roches granitiques. Soudain, M. Marcel Spont, placé sur une pente raide en contre-bas du pic, se sentant faiblir, demanda une corde que le guide Sansuc lui jeta ; mais l'alpiniste ne put la saisir, perdit l'équilibre et roula dans le vide.

"Les compagnons du malheureux essayèrent de lui porter secours ; mais lorsqu'ils furent parvenus à l'endroit où le corps avait été arrêté par une anfractuosité de rocher, ils ne trouvèrent plus qu'un cadavre affreusement mutilé, auquel la moitié du crâne manquait. Un des guides prévint le personnel de l'hôtel d'Oo, ainsi que les autorités de Luchon. On n'osa point révéler l'affreuse vérité à la mère et à la jeune femme de la victime, leur disant seulement que M. Marcel Spont avait fait une chuté grave. Les deux femmes sont parties aujourd'hui à la recherche de celui qu'elles croient blessé seulement".
 
 

(Collection personnelle de Christian de Miégeville)
(Collection personnelle de Christian de Miégeville)

Le dernier cliché de Marché Spont avant de mourir (Collection particiulière C.D.M.)
Le dernier cliché de Marché Spont avant de mourir (Collection particiulière C.D.M.)


Buste original de Marcel Spont (Collection Geneviève Van der Elst)
Buste original de Marcel Spont (Collection Geneviève Van der Elst)


1.Posté par Nicéphore le 16/10/2018 10:27
Merci pour ce rappel historique. Et...pour l'entretien du patrimoine!

D'autres photo et textes, consultables ici:

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9628112v/f5.image.r=marcel%20spont
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96050566/f9.image.r=marcel%20spont?rk=128756;0

2.Posté par Rotofil le 16/10/2018 15:40
C'est impressionant, la végétation!
Quand on voit certaines photos anciennes, le buste était dégagé, 5 mètres autour!

3.Posté par Oréphon luchonnais le 16/10/2018 18:53
Merci pour cette histoire et les liens complémentaires.

4.Posté par Nicéphore le 16/10/2018 20:15
Pour les collectionneurs ou simplement pour la curiosité d'une photo

https://www.ebay.fr/itm/Lo-scalatore-e-alpino-Marcel-Spont-Alpinismo-Stampa-del-1906/392026666219?hash=item5b469c34eb:g:ubQAAOSw7MValstU:rk:2:pf:0


5.Posté par BRETILLARD-MENGUE, Mathieu le 30/10/2018 11:17
Merci, cher "Christian", de nous faire revivre, avec force de détails et de précisions, les riches heures de notre grande et belle Histoire !

Nous sommes dépositaires d'un passé glorieux qui ne demande qu'à s'inscrire dans l'actualité.

Tous les Luchonnais(-es) sont, d'ailleurs, en droit d'en être fiers et combien de villes peuvent nous l'envier ?

Il est là, à portée de mains et prometteur.

A nous de le relever et de le porter haut, comme SPONT et au bénéfice de tous ; les idées, autour, ne manquent pas et ceux qui ont les moyens de les faire germer doivent s'en saisir ; d'ailleurs, ne dit-on pas, justement, que "les bonnes idées ne meurent jamais" ?

En avant !

Mathieu BRETILLARD-MENGUE,
Historien
p/ "Les Amis de Jean-Marie Mengue".

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